Le bel âge

théâtre

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Ça commence. Voilà. Un soir en ville. Une dégustation de vins. De vins natures. Ou naturels. Deux
hommes et deux femmes. On est quatre. Deux hommes et deux femmes mais on est pas forcement deux
couples hétéros. Il y a d’autres configurations possibles. On commence peut-être par l’amitié. On est
quatre ami-e-s. Ou pour le moment ça on ne le définie pas. Il y a deux homme et deux femmes et c’est
tout. C’est comme ça. On n’en sait pas plus. Tous les quatre on a à peu prêt la même importance. Ce qui
nous intéresse c’est l’ensemble. Le groupe. La circulation. Ce qu’il y a entre. Ce qui se passe entre. La
complémentarité. On est quatre et il n’y en a pas un de plus important que l’autre puisqu’on est tous
nécessaires. Sans trop prévenir ça glisse. Ami-e-s amours ou amant-e-s. Les rôles changent. Selon les
besoins du moment. On parle de la dernière perle qu’adore Télérama. On évoque la misère. C’est
insupportable. C’est d’une violence extrême. Des gens si jeunes à la rue. Des sacrifié-e-s. La société ils
préféreraient s’y distinguer autrement qu’en fumant du crack et en dormant dehors. Et en sentant la
merde. On en arrive à parler politique. On se rassure. Ou du moins on tente de se rassurer. On se la
raconte un peu. Nous sommes un rempart contre les extrêmes. Contre tous les extrêmes. Contre tous les
salauds. En tout cas on aimerait bien. Nous. Tout-e-s les quatre. On déguste toujours. On est content-e-s
de se voir. On picole avec légèreté. Et petit à petit ça glisse. Ce soir on est honnête. Quelque chose se dit.
On se parle d’intime. On se raconte. On se découvre. On dit ce qu’on avait jamais dit avant. Ce qu’on a
longtemps tu. Ce dont on a même pu avoir honte. C’est ni bien ni mal. C’est comme ça. C’est ce qui se
passe. C’est moi. C’est toi. C’est elle. C’est nous.

Texte et mise en voix : Ludovic Pouzerate
Mélina Bomal, Jaques Albert, Mirabelle Wassef, Bryan Polach